orchis-mauve

TEXTE POÈTIQUE D'HERVÉ MICOLLET

illustration Pierre Bonnard

Chère amoureuse de récit, il ne faut pas espérer non plus le moindre
évènement dans ce pays. Rien n'arrive et c'est ce "rien n'arrive"
qui est reçu de plein fouet au bord des fenêtres de campagne.
Même la rosée manque aux crépuscules.
Et ce que je vois est sans prises, et m'ignore tranquillement.

Patience, voici un échantillon de fenêtre; soit un merisier et du buis,
un acacia en contrebas, surmontant lui-même des lauriers,
puis du lilas, loin déjà dans la profondeur du cadre, à l'entrée
du jardin potager avec des choux, puis des salades, puis
des poireaux, puis des haricots, puis des tomates, puis trois
pommiers, faisant ombre aux ruches qui se répandent dans la haie;
un beau désordre, cette haie, des noisetiers et des pruniers
sauvages, quelques frênes aussi qui drageonnent follement,
et dans le feuillage des frênes, l'autre versant, la colline
du village, de l'église, dont la pointe touche précisément
la ligne d'horizon qu'elle semble avoir tracée.
et au dessus, le regain de la lande où bougent à peine les pins
du couchant. Essentiels également, coeur dur de la lande,
les rochers, l'insondable granit. Un grand chêne qui ne
m'impressionne pas moins, et je m'en veux certains
jours de faiblesse , parce que je lui prête une signification
qui excède sa simple présence.........

Voilà ce que fait une fenêtre à tout instant de sa
transparence. Est-il encore besoin de chercher des arcanes
dans le spectacles de la nature, ou faut-il n'aimer que
les apparences et croire en la réalité ?

Extrait de LA LETTRE D'ÉTÉ
Prix Kovalski
Cheyne Editeur

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